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Poutine, Netanyahou et le chiasme politique de 1999 (X-72)

En mai 2022, j’ai proposé une nouvelle interprétation du célèbre quatrain X-72 de Nostradamus.

L’éclipse totale du Soleil du 11 août 1999 n’annonçait pas, selon moi, la naissance du Grand Monarque, mais l’apparition politique de Vladimir Poutine, nommé Premier ministre de Russie deux jours auparavant. Le « grand Roy d’effrayeur » ne devait donc pas être confondu avec le « grand Roy d’Angolmois » qu’il contribuerait plus tard à faire renaître.

Lorsque j’ai publié cet article, le 1er mai 2022, je terminais mon analyse par ces mots :

« Pour l’instant, nous ne pouvons dire que cela de cet extraordinaire quatrain. Attendons de voir comment les choses vont évoluer pour en compléter l’interprétation. »

Quatre années se sont écoulées. L’identification du « grand Roy d’effrayeur » à Vladimir Poutine me paraît toujours aussi solide. Le rapprochement chronologique est exceptionnel : Boris Eltsine nomma Vladimir Poutine Premier ministre par intérim le 9 août 1999, quarante-huit heures seulement avant l’éclipse totale du Soleil du 11 août. Il fut ensuite confirmé par la Douma le 16 août.

Toutefois, un second événement politique, que je n’avais pas remarqué en 2022, mérite désormais d’être intégré à l’analyse. Il concerne un autre dirigeant majeur de notre époque : Benjamin Netanyahou, surnommé Bibi.

La chute de Benjamin Netanyahou

Le 17 mai 1999, Benjamin Netanyahou fut battu par Ehoud Barak lors de l’élection directe du Premier ministre israélien. Le 6 juillet suivant, le nouveau gouvernement entra en fonction et Netanyahou quitta officiellement son poste. Son premier passage à la tête du gouvernement israélien, commencé en juin 1996, prenait fin trente-six jours avant l’éclipse du 11 août 1999.

Dans mon article de 2022, j’écrivais que l’éclipse n’avait été accompagnée d’aucune « chute de chef de l’État ». Cette affirmation reste formellement exacte : en Israël, le Premier ministre est le chef du gouvernement et non le chef de l’État. Mais elle était incomplète. L’un des dirigeants politiques les plus importants du dernier quart de siècle venait bien de perdre le pouvoir quelques semaines avant l’éclipse.

La chronologie devient alors étonnante :

  • 17 mai 1999 : défaite électorale de Benjamin Netanyahou ;
  • 6 juillet 1999 : départ effectif de Netanyahou ;
  • 9 août 1999 : nomination de Vladimir Poutine comme Premier ministre ;
  • 11 août 1999 : éclipse totale du Soleil ;
  • 16 août 1999 : confirmation de Poutine par la Douma.

Les deux événements concernent exactement la même fonction politique. Un Premier ministre quitte le pouvoir en Israël, tandis qu’un autre accède au pouvoir en Russie.

Le chiasme politique du 11 août 1999

Un chiasme est une figure formée par le croisement de deux éléments disposés en sens inverse. C’est précisément ce que nous observons autour de l’éclipse de 1999.

Benjamin Netanyahou était déjà un dirigeant connu. Il avait gouverné Israël pendant trois ans. Autour de l’éclipse, il disparaît du premier plan et entre dans une longue période d’occultation.

Vladimir Poutine, au contraire, était encore presque inconnu du grand public international. Il surgit soudainement au sommet de l’État russe quarante-huit heures avant l’éclipse.

L’un descend pendant que l’autre monte.

L’un entre dans l’ombre pendant que l’autre en sort.

L’un est politiquement éclipsé tandis que l’autre apparaît au moment même où le Soleil est occulté.

Nous avons donc un véritable chiasme politique :

  • Netanyahou : pouvoir, éclipse, retour.
  • Poutine : obscurité, apparition, pouvoir.

L’éclipse ne concernerait plus seulement l’arrivée politique de Vladimir Poutine. Elle marquerait simultanément l’occultation provisoire de Benjamin Netanyahou. C’est un point capital de l’histoire.

Deux significations différentes de l’éclipse

Le symbolisme de l’éclipse s’applique différemment aux deux hommes.

Pour Vladimir Poutine, elle représente une apparition soudaine. Un homme encore peu connu sort de l’ombre et accède au sommet de l’État russe. Moins de cinq mois plus tard, le 31 décembre 1999, Boris Eltsine démissionnera et lui transmettra la présidence par intérim.

Pour Benjamin Netanyahou, l’éclipse représente au contraire une disparition temporaire. Il ne disparaît pas entièrement de la vie politique israélienne, puisqu’il exercera ensuite différentes fonctions ministérielles. Mais il devra attendre 2009 pour retrouver le poste de Premier ministre.

L’image de l’éclipse est ici particulièrement juste. L’astre occulté n’est pas détruit. Il demeure présent derrière l’ombre avant de réapparaître.

Netanyahou gouverna ainsi Israël de 1996 à 1999, puis de 2009 à 2021. Après une nouvelle période d’opposition, il revint encore au pouvoir en décembre 2022. La Knesset le présente officiellement comme Premier ministre entre 1996 et 1999, entre 2009 et 2021, puis de nouveau depuis décembre 2022.

Poutine, de son côté, n’a pratiquement jamais quitté le sommet de l’État russe depuis août 1999. Il fut président de 2000 à 2008, Premier ministre de 2008 à 2012, puis de nouveau président. En 2026, il occupe toujours cette fonction.

En 2026, Benjamin Netanyahou est lui aussi toujours Premier ministre d’Israël.

Vingt-sept ans après l’éclipse, les deux hommes dont les destinées politiques basculèrent en sens contraire durant l’été 1999 sont donc encore au pouvoir :

  • Poutine traverse le temps par la continuité.
  • Netanyahou traverse le temps par la résurrection politique.

Netanyahou et le Rabbi Schneerson

La trajectoire de Benjamin Netanyahou possède également une dimension religieuse et messianique qu’il est impossible d’ignorer.

Dans les années 1980 et au début des années 1990, il rencontra à plusieurs reprises le Rabbi de Loubavitch, Menachem Mendel Schneerson. Celui-ci semblait persuadé que Netanyahou jouerait un rôle historique important pour Israël.

En 1984, alors qu’il venait d’être nommé ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, Schneerson lui expliqua qu’il entrait dans un lieu dominé par le mensonge et l’obscurité. Sa mission serait d’y allumer une lumière en faveur de la vérité et du peuple juif. Netanyahou raconta lui-même cette rencontre et déclara avoir cherché depuis lors à accomplir cette mission.

En 1988, après son élection à la Knesset, le Rabbi lui annonça qu’il devrait lutter contre les cent dix-neuf autres députés, mais qu’il ne devait pas se laisser intimider.

La relation entre Benjamin Netanyahou et le Rabbi de Loubavitch, Menachem Mendel Schneerson, ne se limite pas à quelques encouragements politiques. Lors d’une rencontre filmée le 18 novembre 1990, le religieux lui adresse une question étonnante :

« Que faites-vous pour hâter la venue du Messie ? »

Netanyahou lui répond :

« J’y travaille tous les jours. »

Le Rabbi lui rétorque alors :

« Apparemment, ce n’est pas suffisant. »

Il ajoute que de nombreux événements se sont produits depuis leur dernière rencontre, mais que le Messie n’est toujours pas venu. Puisqu’il reste encore quelques heures avant la fin de la journée, Netanyahou doit essayer de le faire venir immédiatement.

Cette conversation ne permet pas d’affirmer que Schneerson considérait Benjamin Netanyahou comme le Messie. Elle indique cependant quelque chose de presque aussi important : le Rabbi lui attribuait personnellement la responsabilité d’agir pour hâter son avènement.

Netanyahou ne devait donc pas attendre passivement la rédemption d’Israël. Son action politique devait contribuer à la préparer.

La réponse du Rabbi, « Apparemment, ce n’est pas suffisant », paraît rétrospectivement extraordinaire. Elle ressemble à une injonction dont Netanyahou ne pourra jamais véritablement s’acquitter, puisque l’absence du Messie signifie toujours que son œuvre demeure inachevée.

Cette injonction semble avoir hanté toute la vie politique de Netanyahou. Chaque victoire, chaque retour au pouvoir et chaque guerre peuvent être interprétés comme une nouvelle tentative d’accomplir la mission qui lui fut rappelée en 1990 : préparer les conditions de la délivrance messianique.

Poutine reçoit le pouvoir en 1999 sans avoir publiquement revendiqué de mission prophétique ; Netanyahou perd le pouvoir après avoir reçu, neuf ans auparavant, l’injonction de hâter la venue du Messie.

Netanyahou et le Machia’h ben Yossef

Certains milieux religieux voient aujourd’hui en Benjamin Netanyahou une figure susceptible d’accomplir la fonction du Machia’h ben Yossef, le Messie fils de Joseph.

Dans certaines traditions juives, le Machia’h ben Yossef précède le Machia’h ben David. Sa fonction essentielle est politique et militaire. Il combat les ennemis d’Israël et prépare le monde à l’arrivée du rédempteur final, issu de la maison de David.

Il faut rester prudent. Je n’ai trouvé aucun document authentifié dans lequel le Rabbi Schneerson aurait déclaré explicitement que Netanyahou était le Machia’h ben Yossef. Il s’agit d’une interprétation religieuse ultérieure.

Mais le rapprochement symbolique est intéressant.

Netanyahou est un chef politique et militaire. Il se présente comme le défenseur d’Israël contre ses ennemis. Son action ne consiste pas à incarner directement la royauté davidique, mais à préserver et renforcer l’État juif dans l’attente d’une délivrance future.

Il pourrait donc accomplir non l’identité, mais la fonction archétypale du Messie fils de Joseph : le dirigeant guerrier qui prépare la voie au Messie fils de David.

Cette hypothèse donne un sens particulier aux paroles que lui adressa Schneerson. Le Rabbi ne lui demanda pas d’être le Messie. Il lui demanda d’agir pour hâter sa venue.

L’éclipse et la mer Noire

Le parcours géographique de l’éclipse du 11 août 1999 mérite également notre attention. Après avoir traversé la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Roumanie, l’ombre totale quitta le continent à proximité de la frontière roumano-bulgare. Elle parcourut ensuite la mer Noire avant de toucher de nouveau la terre sur les côtes septentrionales de la Turquie.

Contrairement à ce que certaines cartes peu précises pourraient laisser penser, la bande de totalité ne traversa pas directement la Crimée. Elle passa au sud de la péninsule. La Crimée se trouvait toutefois dans la vaste zone d’obscuration partielle et à proximité immédiate du corridor emprunté par l’ombre.

Ce détail géographique est symboliquement remarquable. La mer Noire et la Crimée allaient devenir les principaux théâtres de l’affrontement entre la Russie et l’Ukraine. Annexée par la Russie en 2014, la péninsule servit, en février 2022, de base de départ à l’armée russe pour son offensive vers Kherson et le sud de l’Ukraine. Sébastopol abritait en outre la flotte russe de la mer Noire.

Plus au nord-ouest se trouve Odessa, l’un des plus importants foyers du judaïsme moderne et du mouvement sioniste dans l’ancien Empire russe. C’est dans cette ville que naquit Vladimir Zeev Jabotinsky, fondateur du sionisme révisionniste, courant politique dont le Likoud de Benjamin Netanyahou est l’héritier.

Ainsi, l’ombre de l’éclipse traversait en 1999 la mer située entre les deux espaces qui allaient devenir essentiels dans le destin de Poutine et de Netanyahou : la Crimée, future base de la guerre russe contre l’Ukraine, et l’espace historique d’Odessa, berceau de la tradition politique dont procède le Premier ministre israélien.

La carte céleste semble dessiner par avance un corridor symbolique entre les deux hommes : Poutine, qui entre au pouvoir deux jours avant l’éclipse, et Netanyahou, qui vient de connaître sa première grande occultation politique.

Deux hommes marqués par la même éclipse

L’éclipse totale du 11 août 1999 pourrait ainsi avoir marqué deux destinées politiques complémentaires.

Vladimir Poutine apparaît brusquement au sommet du pouvoir russe. Il correspond au « grand Roy d’effrayeur » du quatrain X-72, différent du « grand Roy d’Angolmois » qu’il contribuera à ressusciter.

Benjamin Netanyahou quitte simultanément le pouvoir israélien. Mais cette disparition n’est qu’une éclipse. Il reviendra dix ans plus tard et deviendra le Premier ministre ayant exercé le plus longtemps cette fonction dans l’histoire d’Israël.

L’un apparaît.

L’autre disparaît pour revenir.

Près de trente années plus tard, tous deux dominent encore la vie politique de leur pays.

Il est difficile de croire que l’éclipse de 1999 ne concernait que la naissance biologique d’un personnage encore inconnu. Elle semble plutôt marquer la naissance d’une époque et le basculement du destin de deux hommes appelés à jouer un rôle considérable dans la fin des temps et le début du règne du Grand Monarque.

Poutine serait le « grand Roy d’effrayeur » qui prépare, par son action, le retour du « grand Roy d’Angolmois ».

Netanyahou serait le dirigeant temporairement éclipsé, chargé de préparer la restauration de la monarchie en Terre Sainte.

Le premier serait lié au retour de la monarchie chrétienne.

Le second serait lié à l’attente de la monarchie davidique.

L’éclipse du 11 août 1999 ne désignait peut-être pas un seul homme, mais le croisement de deux destinées.

Il restera maintenant à comprendre pourquoi ces deux trajectoires, inversées durant l’été 1999, ont fini par placer Poutine et Netanyahou au centre des deux grands conflits de notre époque. Cette question fera l’objet d’une prochaine étude.

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