Le conformisme dans la société (1).

Ayant fait quelques années d’études en psychologie à Dijon, en complément de mes études universitaires en droit, il m’a paru intéressant d’exposé dans plusieurs articles les grandes théories de la psychologie sous l’angle de la science politique. Cela pourrait éclairer et guider le lecteur sur la période de trouble que nous traversons en ce moment.

En psychologie sociale, qui étudie les rapports sociaux sous l’angle de la psychologie, il existe deux branches : la psychologie individuelle et la psychologie de groupe. Dans les rapports de groupe, nous sommes vraiment à la frontière de la sociologie. Ce qui prime avec la psychologie sociale, c’est le rapport d’un individu avec son groupe ou avec un autre groupe, alors que la sociologie ne s’intéresse pas à l’individu dans son fonctionnement intérieur, mais aux grandes lois de la société.

Bref intéressons nous uniquement à la psychologie sociale au niveau politique. Ce point de vue est très rarement pris en compte, alors qu’il éclaire le fonctionnement d’une société sur beaucoup de problèmes actuels.

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Kurt Lewin.

Kurt Lewin(1890-1947) est un psychologue américain d’origine juive allemande, ses travaux sur les groupes eurent une grande influence sur l’Institut Tavistock. Il définissait le groupe social comme un ensemble de personnes ayant la possibilité de se percevoir et d’interagir directement en participant à une activité commune grâce à un système de règles et de normes. La taille du groupe allant de cinq personnes à des millions. Une personne pouvant appartenir à plusieurs groupes.

Les normes sociales

Selon Kurt Lewin, le comportement d’un individu au sein d’un groupe ou du groupe est toujours déterminé par son environnement psychologique et social. C’est ce qu’il appelle le champ.

Le groupe est également une organisation structurée. Ce n’est pas une juxtaposition ou collection d’individus. Cette organisation est inhérente au groupe, elle en forme l’âme et l’identité.

Le groupe va déterminer un certain nombre de règles de fonctionnement que l’on appelle norme. Le processus de mise en place de ses normes, c’est la normalisation. Cela correspond à la mise en commun des normes de fonctionnement par influence réciproque des membres du groupe.

On a longtemps cru que l’uniformité nécessaire à la normalisation qui résulte de la pression sociale du groupe, était le résultat d’un processus d’imitation que l’individu activerait de façon instinctive. Aujourd’hui, on s’accorde à dire que l’uniformité est la résultante de plusieurs facteurs d’ordre social qui ont deux fonctions essentielles :

Au niveau des relation entre les individus d’un même groupe, les normes jouent un rôle de décryptage du monde. Elles permettent de réduire l’ambiguïté en cas d’incertitude. Elles facilitent les relations au sein du groupe en apportant ordre et stabilité. Elle limite l’apparition des conflits. La présence de plusieurs individus entraîne des phénomènes de compétitions qui débouchent sur des conflits. La norme va alors servir de référence commune et permettre la cohésion du groupe du groupe.

Dans les relations entre les groupes, les normes donne une spécificité au groupe social et permettent de se démarquer des autres groupes sociaux (coiffure, jargons, habit, etc.). Elle permet aux membres d’un même groupe de se reconnaître entre eux, mais également aux autres groupes d’identifier les concitoyens d’un groupe concurrent.

Le groupe va également établir tout un système de stéréotype et de préjugé. C’est un système de facilitation social. Il permet à chacun d’éviter de s’interroger systématiquement sur la conduite à tenir lorsqu’il est confronté a une situation particulière.

Une expérience mondialement célèbre fut réalisé en 1936 par Muzafer Şherif qui démontra la mise en oeuvre d’une norme au sein d’un groupe.

Sherif va réunir plusieurs personnes dans une salle entièrement dans le noir et introduit un point lumineux immobile sur un mur à cinq mètres des sujets. Il leur demande d’estimer la distance de déplacement du point lumineux, alors que celui-ci est immobile. C’est une illusion d’optique très connu dans le monde de l’aviation que l’on appelle “effet autocinétique”. Il est important que cela ne soit pas un point en mouvement, mais une illusion d’optique afin de laisser libre cours à l’imagination de chacun. Un point lumineux qui bougerait réellement aurait biaisé les résultats.

L’expérience se déroule dans trois conditions afin de permettre la comparaison des résultats.

Une première condition dite seule. Les sujets réalisent l’estimation de la vitesse seule.

Une deuxième condition dit seule puis en groupe (de trois personnes).

Une troisième condition dite en groupe (de trois personnes) puis seule.

Dans la condition d’estimation de la vitesse par un sujet individuel, on constate une évolution des résultats. Au début, on constate une variabilité importante dans les estimations, puis progressivement l’écart entre les estimations se réduit. Le sujet se crée sa propre échelle de valeur, sa norme individuelle.

Dans la condition seule puis en groupe, on retrouve le même phénomène de la constitution d’une norme individuelle. Lors du passage en groupe, on constate qu’au début, il y a une grande variabilité dans les réponses, puis très tardivement elles commencent à s’homogénéiser. La présence de normes individuelles constituées préalablement freine l’émergence de la norme collective. On constate un abandon de la norme individuelle vers un système commun de valeur. La norme de groupe se constitue par tâtonnement.

Influence sociale et changement d'attitude - cours - Cours de psychologie
condition groupe 1 : individuelle puis en groupe.

Dans la condition en groupe puis seule, les réponses s’homogénéise rapidement. La norme collective n’est pas freinée par des normes individuelles. Lorsque le sujet est seul ensuite, ses réponses sont homogènes avec celle du groupe avec lequel il était au préalable. Le sujet utilise la norme collective et il applique la norme instituée collectivement.

condition groupe 2 : en groupe puis individuelle.

Shérif constate qu’un individu peut avoir plus d’influence que les autres, c’est le chef ou leader. Il est soit celui qui parle le mieux, soit le plus intelligent. C’est autour de ses positions que va se construire la norme collective. Lorsque plus tard, il se met a dévier lui-même de la norme, le reste du groupe ne va pas le suivre, mais va rester dans la norme du groupe qui a été construite collectivement. Mais attention ce n’est pas norme du chef qui est prise comme modèle de référence par les autres, la construction reste collective. On observe que l’estimation du chef va être légèrement modifié pour tenir compte de la position des autres. Il y a quand même une construction collective.

Ce processus de constitution d’une norme sociale fait écho a une des plus anciennes expériences de la psychologie sociale qui a mis en évidence le phénomène de l’imitation dans un groupe.

L’expérience initiale fut celle de Norman Triplett en 1897. Il demande a des enfants de 8 à 17 ans de rembobiner le plus rapidement possible une bobine de fil de 16 mètres avec un moulinet de canne à pêche. Les enfants seuls rembobinent moins vite le fil que ceux en couple.

Le même phénomène s’observe également en cas de simple témoin passif. C’est l’expérience d’Ernst Meumann (1904) qui montre que les performances physiques d’un sujet sont améliorées si le sujet est mis en présence d’un témoin passif. Il demanda à des étudiants de travailler à la limite de leurs possibilités physiques en soulevant un poids important avec un doigt. Alors que Meumann passe par hasard dans son laboratoire où travaillent les étudiants, il s’aperçoit que la performance s’améliore subitement.

C’est le champ immense de la facilitation sociale que je ne traiterais pas dans cette série d’articles. Il est juste à souligné que la construction de la norme dans un groupe social répond de cette idée que l’individu en groupe a tendance à vouloir imiter les autres. C’est aussi ce qui va expliquer la tendance au conformisme dans le groupe, ce que nous verrons dans l’article suivant. C’est à partir de là que nous allons pénétrer de plein pied ans les techniques de manipulation mentale utilisé par nos maîtres et comprendre ainsi comment retourner la technique contre eux.

Toutefois, revenons à la notion de norme dans le groupe. Avec le corona-virus nous avons vus apparaître des choses complètements décalés avec notre culture latine. Le port du masque sur le visage et la distanciation sociale sont totalement étrangères à notre civilisation du sud de l’Europe. Le sociologue Edward T. Hall étudia la distance sociale selon les cultures qu’il appelle la “proxémie” dans son livre “La dimension cachée“.  Il parle de dimension subjective qui entoure un individu selon les règles culturelles comme les couches d’un oignon.

Il distingue quatre distances :

  • L’espace intime : concerne les interactions intenses avec autrui. Importance du toucher et de l’odeur.
  • La distance personnelle : interaction avec les amis. Echange chaleureux, mais sans contact physique.
  • La distance sociale : rapport moins personnel par exemple de type professionnel.
  • La distance publique : contact entre personnes de statut différent.
3. L'intime, un positionnement dans l'espace, le temps et la relation |  Cairn.info

La distance de l’intime est de 45 cm pour les hommes du Nord et de 30 cm pour ceux du Sud. Imposer ce genre de délire aux pays du sud, France, Italie, est un immense scandale. C’est interdire tous contacts rapprochés, surtout lorsque l’on sait l’importance du contact physique dans les pays latins. C’est un viol culturel.

Et parlons du masque qui couvre le visage et cache le sourire à son interlocuteur. Le sourire ou non est une marque culturel majeur dans nos contrées. C’est ce que montre une expérience de Tidd et Lockard réalisé dans un café en 1978.

Deux conditions :

  1. La serveuse doit esquisser un petit sourire au moment de donner la commande aux clients.
  2. La serveuse doit offrir un large sourire aux clients lors de la délivrance de la commande.

Une fois la commande délivrée, elle doit disparaître de la vue des clients pour éviter toutes interactions avec eux. Il ne faut juger que de l’effet du sourire. On ne sait jamais… Une harcèlement de rue pour obtenir le 06 de la serveuse. On est en France quand même.

Enfin, on compte le pourboire laissé sur la table.

L’effet du sourire est majeur surtout sur l’homme.

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Avec la muselière sur le visage plus possible de contempler le joli sourire de la serveuse ou des gens que l’on côtoie. Comment peut-on accepter une telle contradiction avec nos fondements sociétaux. C’est justement ce que montre le processus de conformisme que nous verrons au prochain chapitre.