Complotisme et propagande politique.

Complotisme et propagande politique.

Souvent, j’ai entendu à mon encontre l’accusation de complotiste. Une fois, lors de l’acte deux des gilets jaunes sur les Champs Elysée, une très jeune fille pigiste à l’AFP, me jeta à la figure, “ne sombrez pas dans le complotisme“. Ce fut sa réponse magistrale et définitive. Une telle accusation lui permet de ne pas répondre a mes accusations de mensonge sur le chiffre réel des manifestants gilets jaunes chaque samedi. Depuis cette date, on ne cesse de me rabattre les oreilles avec ce mot à chacun de mes articles. L’accusation de complotisme, comme celle de fascisme font parti d’un processus de guerre psychologique pour faire taire les gens et les ridiculiser. Il faut en dire quelques mots en guise de réponse. Car la guerre psychologique exige une réponse avec des arguments pour renverser le rapport de force.

Je m’interroge depuis longtemps sur l’existence d’un complot, d’un gouvernement secret chargé de manipuler la population. Nostradamus, dans son épître à Henry en parle :

et les contrées, villes, cités, et provinces qui auront laissé les premières voies pour se délivrer, se captivant plus profondément seront secrètement fâchez de leur liberté et parfaitement religion perdue, commenceront de frapper dans la partie gauche, pour retourner à la dextre,” (Nostradamus, épître à Henri, 51)

Notre liberté sera volée secrètement nous dit-il (« seront secrètement fâchez de leur liberté ») L’objectif de ce dessein secret sera de lutter contre l’Eglise catholique (« et parfaitement religion perdue »).

Nostradamus serait donc un vilain complotiste. Je suis donc en bonne compagnie.

En même temps, le prophète provençal reprend le deuxième Psaumes qui évoque un complot contre Dieu par les Princes.

Pourquoi les nations s’agitent-elles en tumulte
et les peuples méditent-ils de vains projets ?
Les rois de la terre se soulèvent,
et les princes tiennent conseil ensemble,
contre Yahvé et contre son Oint.

“Brisons leurs liens, disent-ils,
et jetons loin de nous leurs chaînes !”

(Psaumes II, 1-3).

Les chefs d’états (les princes) se réuniront ensemble pour comploter contre Dieu afin de détruire la religion chrétienne. L’oint étant non seulement le Christ, mais également le futur Grand Monarque de la fin des temps comme le montre la suite du Psaume.

Celui qui est assis dans les cieux sourit,
le Seigneur se moque d’eux.
Alors il leur parlera dans sa colère,
et dans sa fureur il les épouvantera :
Et moi, j’ai établi mon roi,
sur Sion, ma montagne sainte. “

“Je publierai le décret :
Yahvé m’a dit : Tu es mon Fils,
je t’ai engendré aujourd’hui.
Demande, et je te donnerai les nations pour héritage,
pour domaine les extrémités de la terre.
Tu les briseras avec un sceptre de fer,

tu les mettras en pièces comme le vase du potier. “

Et maintenant, rois, devenez sages ;
recevez l’avertissement, juges de la terre.
Servez Yahvé avec crainte,
tressaillez de joie avec tremblement.
Baisez le Fils, de peur qu’il ne s’irrite
et que vous ne périssiez dans votre voie ;
Car bientôt s’allumerait sa colère ;
heureux tous ceux qui mettent en lui leur confiance
.”

(Psaumes II, 4-12).

Le psaume II prédit l’arrivée d’un roi, qui dirigera les nations avec un sceptre de fer. Jésus n’a dirigé aucune Nation comme roi. Il a refusé d’être le roi des Juifs préférant être un messie souffrant qui réalisa un ministère de la parole. Le sceptre de fer correspond à la bénédiction de Jacob qui annonça qu’un souverain dominera le monde à la fin des temps.

On imagine que les puissants du monde feront tous pour empêcher le futur roi d’arriver sur le trône. C’est le complot auquel participeront les forces du mal et ses alliés objectifs, les faux chrétiens. C’est de cela dont parle le psaume et le texte de Nostradamus.

Un chrétien est donc nécessairement un complotiste. Car le complot le vise précisément pour empêcher le Christ et le retour du roi de la fin des temps. C’est ce que nous dit le deuxième psaume et que reprend l’épître de Nostradamus.

Le complot existe. Il est même annoncé par certaines personnes.

Comme je l’ai déjà expliqué dans mon quatrième article sur “la stratégie du diable pour la domination du monde“, notre société moderne est fondé sur une effroyable lutte des classes entre une élite dominatrice et un prolétariat en phase de destruction. De nombreux romans utopiques ont annoncé ce projet.

Le sociologue et historien Christopher Lasch (1932-1994), dans “la révolte des élites“, dénonce une terrible guerre de classe qui se déroule à l’intérieur de nos démocraties modernes.

Il dresse un constrat réaliste sur le capitalisme du XIXe siècle.

Dans la première moitié du XIXe siècle, la plupart des gens réfléchissant un peu à la question supposaient que la démocratie devait reposer sur une large distribution de la propriété. Ils comprenaient bien que des écarts extrêmes entre riches et pauvres seraient mortels pour l’expérience démocratique. Leur peur de la populace, que l’on a pu interpréter à tort parfois comme du dédain aristocratique, se basait sur l’observation selon laquelle une classe laborieuse dégradée, à la fois servile et pleine de ressentiment, manquerait des qualités d’esprit et de caractère essentielle à la citoyenneté démocratique. (…) Il était donc logiquement évident que la démocratie fonctionnait au mieux quand les biens se trouvaient répartis aussi largement que possible entre les citoyens.” (Christopher Lasch, La révolte des élites, champs essais, p. 19).

Nous avons donc deux classes sociales antagonistes : les bourgeois et les prolétaires. Celle des voleurs et celle des volés. Elles ont besoin l’une de l’autre. Sans cette lutte, le capitalisme n’existerait pas. C’est son moteur et son carburant à la fois.

Les deux classes n’existent que l’une par rapport à l’autre. La classe bourgeoise par son exploitation de la classe ouvrière, la classe ouvrière par son acceptation d’être volés en échange d’un toit et d’un peu de nourriture. C’est un rapport dialectique entre deux groupes sociaux complémentaires.

L’exploitation de l’un sur l’autre provoque de l’antagonisme. Chacun essaye de défendre ses intérêts. La bourgeoisie tente d’augmenter la plus-value. La classe ouvrière essaie de mettre fin ou de limiter son exploitation économique.

Cette lutte antagoniste se marque d’une lutte culturelle. La bourgeoisie méprise le petit peuple, qui ne disposerait pas des qualités nécessaires pour exercer correctement la démocratie. En gros, il n’a pas le niveau pour être un citoyen.

Nos grandes villes se polarisent de plus en plus ; les membres des professions intellectuelles de la riche bourgeoisie, avec les employés de services qui pourvoient à leurs besoins, maintiennent une emprise précaire sur les beaux quartiers dont l’immobilier flambe, en se barricadant contre la misère et la délinquance qui menacent de les submerger.” (Christopher Lasch, La révolte des élites, champs essais, p.22).

Christopher Lasch constate que la bourgeoisie va s’enfermer dans certains beaux quartiers en éloignant physiquement le prolétariat considéré comme une classe dangereuse. La barrière psychologique par le mépris de classe se double d’une barrière physique, géographique.

La meilleure façon de comprendre les conflits culturels qui ont bouleversé l’Amérique depuis les années soixante est d’y voir une forme de guerre des classes dans laquelle une élite éclairée (telle est l’idée qu’elle se fait d’elle-même) entreprend moins d’imposer ses valeurs à la majorité (majorité qu’elle perçoit comme incorrigiblement raciste, sexiste, provinciale et xénophobe), encore moins de persuader la majorité au moyen d’un débat public rationnel que de créer des institutions parallèles ou “alternatives” dans laquelle elle ne sera plus du tout obligée d’affronter face à face les masses ignorantes.” (Christopher Lasch, La révolte des élites, champs essais, p.32).

La bourgeoisie se voit comme une élite éclairée. Elle trouve le prolétariat raciste, provinciale et xénophobe. Nous pourrions rajouter sexiste et homophobe. C’est exactement la thématique actuelle de la “cancel culture” qui se trouve être une arme de guerre de classe contre le peuple. Nous sommes gavées jusqu’à l’obsession par la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie et le machisme. Je n’ai pas besoin de vous faire un dessein. Christopher Lasch en parlait déjà il y a trente ans.

Naguère, c’était la “révolte des masses” qui était considérée comme une menace contre l’ordre social et la tradition civilisatrice de la culture occidentale. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas la masse. (…) Ce sont toutefois les élites – ceux qui contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, qui président aux fondations philantropiques et aux institutions d’enseignement supérieur, gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public – qui ont perdu foi dans les valeurs de l’Occident.” (Christopher Lasch, La révolte des élites, champs essais, p.37).

Selon Lasch, l’élite serait un groupe d’hommes qui contrôlerait les flux internationaux d’argent et de l’information. Les deux nerfs de la guerre moderne contre le peuple. Les deux mamelles du capitalisme. Cela concerne les gens qui détiennent le pouvoir et ceux qui font s’semblant de s’opposer au pouvoir. Gouvernement et opposition sont tous uni devant un même ennemi : le peuple. Le système organise une fausse opposition pour se substituer à la vrai, celle qui emanerait du prolétariat. Un jeu de rôle bien rodé permet au régime de se maintenir.

Dans une mesure inquiétante, les classes privilégiées – les 20 % les plus riches de la population, pour prendre une définition large – ont su rendre indépendantes non seulement des grandes villes industrielles en pleine déconfiture, mais des services publics en général. Elles envoient leurs enfants dans des écoles privées, elles s’assurent contre les problèmes de santé en adhérant à des plans financés par les entreprises où elles travaillent et elles embauchent des vigiles privés pour se protéger contre la violence croissante qui s’en prend à elles. Elles se sont effectivement sorti de la vie commune. Ce n’est pas seulement qu’elles ne voient plus l’intérêt de payer pour des services publics qu’elles n’utilisent plus.” (Christopher Lasch, La révolte des élites, champs essais, p.57).

L’élite s’isole du peuple par des barrières physique et mentale. Digicode, beaux quartiers, police et gardien privé à leur service. Mais pas seulement. Il existe également des barbelés et des miradors psychologiques qui interdissent à toutes nouvelles idées issues du peuple de pénétrer à l’intérieur de leurs sphères mentales. On parle de cloisonnement intellectuel. Encore une fois, cela concerne les gens aux pouvoirs comme leurs opposants.

Dans une étude réalisée, en 2005,par Guillhem Fouetillou. “Le web et le traité constitutionnel européen”, dans le cadre du référendum sur la Constitution européenne avait mis en avant ce principe. L’étude peut être lue gratuitement en ligne sur Cairn.info.

Le web et le traité constitutionnel européen | Cairn.info

Il constate que durant la campagne du référendum, les sites internet qui partageait le même point de vue avaient tendance à se citer les uns les autres. Les internautes avaient tendance à échanger dans une même sphère hermétique. C’est pour cela que nous voyons toujours les mêmes invités sur les chaînes de télévisions meanstream ou de la dissidence. Deux cercles qui tournent en rond sur eux-mêmes avec les mêmes idées. Or justement, ce qui fait la vitalité d’une société ou d’un groupe sociale, c’est la richesse des arguments et l’arrivé de sang nouveau. Cela crée une saine émulation et une adaptation aux circonstances changeantes.

L’isolement croissant des élites signifie entre autres choses que les idéologies politiques perdent tout contact avec les préoccupations du citoyen ordinaire. Le débat politique se restreignant la plupart du temps aux “classes” qui détiennent la parole. (…) L’idée même de la réalité est mise en cause, peut-être parce que les classes qui détiennent la parole habitent un monde artificiel dans lequel des simulations de la réalité remplacent la réalité proprement dite.

En tout cas, les idéologies, de droite comme de gauche, sont à présent tellement rigidifiées que les idées nouvelles ne font que peu d’impression sur leurs partisans. Une fois qu’ils se sont hermétiquement fermés aux arguments et aux événements qui pourraient remettre en question leurs convictions, les fidèles n’essaient plus de provoquer leurs adversaires dans un débat Pour l’essentiel, ils ne lisent que des ouvrages écrits d’un point de vue identique au leur. Au lieu d’affronter des arguments qui ne leur seraient pas familiers, ils se satisfont.” (Christopher Lasch, La révolte des élites, champs essais, p.89).

Nous avons donc une élite qui s’oppose à une masse de gueux. L’élite essaye de tenir à distance la populace. La propagande moderne a pour objectif d’encadrer les masses considérées comme dangereuse pour l’élite. La propagande est le propre du régime politique moderne.

Dans une société traditionnelle, il n’y a pas besoin de propagande, car le peuple est contrôlé par les corps intermédiaires (église, corporations). Avec la disparition des corporations de métiers et le déclin de l’église catholique, il à fallu trouver un autre moyen de contrôler la population et de le maintenir à distance.

Nous en arrivons, à Edward Bernays (1891-1995), neveu de Sigmund Freud est l’un des inventeurs de la propagande, avec Walter Lippmann (1889-1974) ou Harold Laswell (1902-1978) que nous verrons juste après. Son livre le plus important est “Propaganda“, rédigé en 1928, mais toujours d’une brûlante actualitée.

Pour Edward Bernays, la masse des individus est incapable de juger correctement des affaires publiques. Les individus qui là composent sont inaptes à exercer le rôle de citoyen. Seuls les membres de l’élite ont le niveau pour gérer la vie de la Nation. Il appartient a des praticiens comme Bernays de mettre en oeuvre des techniques, inspirées de la sociologie, de la psychologie et de la psychanalyse pour contrôler la foule des gueux et subtiliser le consentement des citoyens.

La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un
rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible
forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays
.

Nous sommes pour une large part gouvernés par des hommes dont nous ignorons tout, qui modèlent nos
esprits, forgent nos goûts, nous soufflent nos idées.
C’est là une conséquence logique de l’organisation de
notre société démocratique. Cette forme de coopération du plus grand nombre est une nécessité
pour que nous puissions vivre ensemble au sein d’une société au fonctionnement bien huilé.

Le plus souvent, nos chefs invisibles ne connaissent pas l’identité des autres membres du cabinet très fermé
auquel ils appartiennent. Ils nous gouvernent en vertu de leur autorité naturelle, de leur capacité à formuler les idées dont nous avons besoin, de la position qu’ils occupent dans la structure sociale. Peu importe comment nous réagissons individuellement à cette situation puisque dans la vie quotidienne, que l’on pense à la politique ou aux affaires, à notre comportement social ou à nos valeurs morales, de fait, nous sommes dominés par ce nombre
relativement restreint de gens – une infime fraction des cent vingt millions d’habitants du pays – en mesure de
comprendre les processus mentaux et les modèles sociaux des masses. Ce sont eux qui tirent les ficelles : ils
contrôlent l’opinion publique, exploitent les vieilles forces sociales existantes, inventent d’autres façons de
relier le monde et de le guider.

Nous ne réalisons pas, d’ordinaire, à quel point ces chefs invisibles sont indispensables à la marche bien
réglée de la vie collective. Théoriquement, chaque citoyen peut voter pour qui il veut. Notre Constitution
ne prévoit pas la participation des partis politiques au mécanisme de gouvernement, et ceux qui l’ont rédigée
étaient sans doute loin d’imaginer la machine politique moderne et la place qu’elle prendrait dans la vie de la
Nation. Les électeurs américains se sont cependant vite aperçus que, faute d’organisation et de direction, la
dispersion de leurs voix individuelles entre, pourquoi pas, des milliers de candidats ne pouvait que produire la
confusion. Le gouvernement invisible a surgi presque du jour au lendemain, sous forme de partis
politiques rudimentaires. Depuis, par esprit pratique et pour des raisons de simplicité, nous avons admis que les
appareils des partis restreindraient le choix à deux candidats, trois ou quatre au maximum.” (Edward Bernays, propaganda, 1928, Paris, Zones, 2007, p. 44).

Edward Bernays parle de gouvernement invisible qui dirige réellement les pays à la place des hommes politiques.

“Il est désormais possible de modeler l’opinion des masses pour les convaincre d’engager leur force nouvellement acquise dans la direction voulue (…) La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible.” (Edward Bernays, propaganda, 1928, Paris, Zones, 2007, p. 55-56).

La propagande est selon les mots de Bernays, l’organe exécutif du gouvernement invisible. Nous sommes donc en face d’un complot permanent chargé de manipuler le peuple afin de maintenir sa domination. Bernays sait de quoi il parle, il conseilla presque tout les gouvernement du monde.

Walter Lippmann (1889-1974) publie “le public fantôme” en 1923. C’est un livre aussi important que “Propaganda” de Bernays. Il est disponible en ligne (traduit par Bruno Latour) au lien suivant :

LIPPMANN-FANTOME-PUBLIC-total-pdf.pdf (bruno-latour.fr)

Le citoyen d’aujourd’hui se sent comme un spectateur sourd assis au dernier rang : il a beau être conscient qu’il devrait prêter attention aux mystères qui se déroulent là-bas sur la scène, il n’arrive pas à rester éveillé. D’une façon ou d’une autre, ce qui se passe le concerne, il le sait bien. Qu’il s’agisse des règles et règlements omniprésents, des impôts à payer chaque année ou des guerres qui surviennent à l’occasion, tout conspire
à lui rappeler qu’il est pris de toute part dans le cours des événements.*

Et pourtant, comment se convaincre que les affaires publiques sont aussi les siennes ? L’essentiel lui en demeure invisible. Les lieux où tout se passe sont des centres lointains d’où des puissances anonymes tirent les ficelles derrière les grandes scènes publiques. En tant que personne privée, notre citoyen ne sait pas vraiment ce qui s’y fait, ni qui le fait, ni où tout cela le mène. Aucun des journaux qu’il lit ne décrypte ce monde de manière à le lui rendre intelligible ; aucune école ne lui a appris comment se le représenter ; bien souvent, ses idéaux sont en décalage avec lui ; et ce n’est pas d’écouter des discours, d’énoncer des opinions et de voter qui le rendent capable pour autant de tenir les commandes, il s’en aperçoit bien. Il vit dans un monde qu’il ne peut voir, qu’il ne comprend pas et qu’il est incapable de diriger.

La froide lumière de l’expérience le lui a montré, sa souveraineté n’est que fiction. Il règne en théorie, mais dans les faits il ne gouverne pas.” (Walter Lippmann, Le public fantôme, p. 51-52).

Lippmann parle, sous une forme allusive, d’un gouvernement invisible qui dirige à la place du peuple. Il dit que l’essentiel du pouvoir est invisible au peuple. Des puissances anonymes tires les ficelles derrière la scène politique.

Là encore, Walter Lippmann n’est pas n’importe qui. Il contribua à l’élaboration des quatorze points de Wilson lors de la conférence de Versailles marquant la fin de la Première Guerre. Il inventa également l’expression “guerre froide”.

Cette idée d’une séparation hermétique entre une élite éclairée et une masse grouillante inculte vient de la philosophie des “lumières”. Voici ce qu’en dit l’immonde Condorcet :

Quand on parle d’opinion, il faut distinguer trois espèces : l’opinion des gens éclairés, qui précède l’opinion publique et qui finit par lui faire la loi ; l’opinion dont l’autorité entraîne l’opinion du peuple ; l’opinion populaire, enfin qui reste celle de la partie du peuple la plus stupide et la plus misérable, et qui n’a d’influence que dans les pays où le peuple n’étant compté pour rien, la populace oblige parfois un gouvernement faible de la compter pour quelque chose.” (Condorcet, réflexions sur le commerce des blés, 1776, oeuvres de Condorcet, tome XI, 1847-1849, p. 201).

L’ancien Premier ministre Edouard Daladier (1884-1970) prononça un discours lors du Congrès du parti radical de 1934. C’est le fameux discours sur les deux cent familles qui dirige la France. Il reprend la thématique lancé par Bernays et Lippmann dans les années vingt.

Deux cents familles, sont maîtresses de l’économie française et, en fait, de la politique française. Ce sont les forces qu’un Etat démocratique ne devrait pas tolérer, que Richelieu n’eût pas toléré dans le Royaume de France. L’influence des deux cents familles pèse sur le système fiscal, sur les transports, sur le crédit. Les deux cents familles placent au pouvoir leurs délégués. Elles interviennent sur l’opinion publique, car elles contrôlent la presse.” (Edouard Daladier, Congrès radical de Nantes, 28 octobre 1934).

L’organe de propagande “wikipédia” parle de théorie du complot dans l’article sur les deux cents familles. Une accusation très facile, d’autant que l’encyclopédie en ligne semble très liée avec certaines des deux cents familles en question. Les deux cents familles sont toujours là. Elle n’ont pas quitté le gouvernement de l’ombre.

Nous connaissons tous le jeu pour enfant des sept familles. Elles ne sont pas sept, mais deux cents. Il faudrait fabriquer une version du jeu, avec les Rothschild, les Rockefeller, les Soros, les Warburg, etc. Le père, la mère, le fils, la fille, le grand-père, la grand-mère. Chaque famille dispose d’un homme et d’une femme sur trois générations. C’est une manière de montrer que le pouvoir occulte se transmet de génération en génération sur plusieurs siècles au sein d’un même groupe. Chacun occupe une place attitré, parfois dans l’ombre, d’autres fois en plein feu médiatique. Ces familles se marient entre elle et uniquement entre elles, afin de maintenir le gueux à distance. Il convient, pour ses gens-là que leurs précieux sangs ne soit pas souiller.

Il y a le jeu des sept familles du pouvoir, mais également celui de la dissidence. L’opposition au pouvoir se transmet aussi de génération en génération. Je ne citerais pas de noms afin de fâcher personne. Il ne s’agit pas d’attaquer les gens nominalement, mais de faire passer une idée politique sur la manière dont fonctionne notre société. Il y a un énorme problème lorsque l’opposition au pouvoir se transmet sur plusieurs générations. C’est une forme de rente ou d’héritage.

le jeu des sept familles par MD - COLLECTION DE JEUX ANCIENS

De même, beaucoup de prétendus dissidents ont été initiés dans la franc-maçonnerie et fréquentent les gens de pouvoirs dans leurs loges. Comment peut-on s’opposer à des gens que l’on rencontre en secret. D’autant que le franc-maçon a l’obligation d’obéir à son grand-maître. Que se passe-t-il, si le Grand Maître est un membre du pouvoir en place et dirige des francs-maçons qui s’opposent publiquement au pouvoir. Il y a un grave conflit d’intérêt.

x.CARTES - jeux de FAMILLES - COLLECTION DE JEUX ANCIENS

Le président américain John Fitzgerald kennedy, lui-même issu d’une famille qui trouverait sa place dans le jeu des sept familles, prononça un discours célèbre, le 27 avril 1961 à l’hôtel Waldorf-Astoria de New York. Il dénonça les sociétés secrètes qui contrôlaient l’Amérique.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs :

J’apprécie beaucoup votre généreuse invitation à être ici ce soir.

Vous assumez de lourdes responsabilités ces jours-ci et un article que j’ai lu il y a quelque temps m’a rappelé à quel point les fardeaux des événements d’aujourd’hui pèsent particulièrement sur votre profession.

Vous vous souvenez peut-être qu’en 1851, le New York Herald Tribune, sous le parrainage et la publication d’Horace Greeley, employait comme correspondant à Londres un obscur journaliste du nom de Karl Marx.

On nous dit que le correspondant étranger Marx, pauvre, avec une famille malade et sous-alimentée, faisait constamment appel à Greeley et au directeur de la rédaction Charles Dana pour une augmentation de son salaire extraordinaire de 5 $.

Mais lorsque tous ses appels financiers furent refusés, Marx chercha d’autres moyens de subsistance et de gloire, mettant fin à sa relation avec la Tribune et consacrant ses talents à plein temps à la cause qui léguerait au monde les germes du léninisme, du stalinisme, de la révolution et de la guerre froide.

Si seulement ce journal capitaliste de New York l’avait traité plus gentiment ; si seulement Marx était resté correspondant à l’étranger, l’histoire aurait pu être différente. Et j’espère que tous les éditeurs garderont cette leçon à l’esprit la prochaine fois qu’ils recevront un appel frappé par la pauvreté pour une petite augmentation du compte de dépenses d’un homme de journaux obscur.

(…)

Mon sujet de ce soir est plus sobre, tant pour les éditeurs que pour les journalistes.

Je veux parler de nos responsabilités communes face à un danger commun. Les événements de ces dernières semaines ont peut-être contribué à éclairer ce défi pour certains ; mais les dimensions de sa menace se profilent à l’horizon depuis de nombreuses années. Quels que soient nos espoirs pour l’avenir – pour réduire cette menace ou vivre avec elle – il n’y a pas d’échappant ni à la gravité ni à l’ensemble de son défi à notre survie et à notre sécurité – un défi qui nous confronte de manière inhabituelle dans tous les domaines de l’activité humaine.

Ce défi mortel impose à notre société deux exigences d’intérêt direct à la fois pour la presse et pour le Président – deux exigences qui peuvent sembler presque contradictoires dans le ton, mais qui doivent être réconciliées et remplies si nous voulons faire face à ce péril national. Je parle d’abord de la nécessité d’une information publique beaucoup plus grande ; et, deuxièmement, à la nécessité d’un secret officiel beaucoup plus grand.

Le mot même « secret » est répugnant dans une société libre et ouverte ; et nous sommes en tant que peuple intrinsèquement et historiquement opposé aux sociétés secrètes, aux serments secrets et aux procédures secrètes. Nous avons décidé il y a longtemps que les dangers d’une dissimulation excessive et injustifiée de faits pertinents l’emportaient de loin sur les dangers cités pour le justifier. Aujourd’hui encore, il est peu important de s’opposer à la menace d’une société fermée en imitant ses restrictions arbitraires. Même aujourd’hui, il est peu important d’assurer la survie de notre nation si nos traditions ne survivent pas avec elle. Et il y a un risque très grave qu’un besoin annoncé d’une sécurité accrue soit saisi par ceux qui sont désireux d’étendre son sens aux limites même de la censure et de la dissimulation officielles. Que je n’ai pas l’intention de permettre dans la mesure où c’est sous mon contrôle. Et aucun fonctionnaire de mon administration, que son grade soit élevé ou bas, civil ou militaire, ne devrait interpréter mes paroles ici ce soir comme une excuse pour censurer les nouvelles, étouffer la dissidence, couvrir nos erreurs ou retenir de la presse et du public les faits qu’ils méritent de connaître.

Mais je demande à tous les éditeurs, à tous les rédacteurs en chef et à tous les rédacteurs de la nation de réexaminer ses propres normes et de reconnaître la nature des périls de notre pays. En temps de guerre, le gouvernement et la presse se sont habituellement joints à un effort fondé en grande partie sur l’autodiscipline, afin d’empêcher les divulgations non autorisées à l’ennemi. En période de « danger clair et présent », les tribunaux ont conclu que même les droits privilégiés du Premier Amendement doivent céder la place au besoin de sécurité nationale du public.

Aujourd’hui, aucune guerre n’a été déclarée – et aussi féroce que puisse être la lutte, elle ne peut jamais être déclarée de la manière traditionnelle. Notre mode de vie est attaqué. Ceux qui se font notre ennemi avancent dans le monde entier. La survie de nos amis est en danger. Et pourtant, aucune guerre n’a été déclarée, aucune frontière n’a été franchie par les troupes en marche, aucun missile n’a été tiré.

Si la presse attend une déclaration de guerre avant d’imposer l’autodiscipline des conditions de combat, alors je peux seulement dire qu’aucune guerre n’a jamais posé une plus grande menace pour notre sécurité. Si vous êtes en attente d’une conclusion de « danger clair et présent », alors je peux seulement dire que le danger n’a jamais été aussi clair et sa présence n’a jamais été aussi imminente.

Il faut un changement de perspective, un changement de tactique, un changement de missions – par le gouvernement, par le peuple, par chaque homme d’affaires ou leader syndical, et par tous les journaux. Car nous sommes opposés dans le monde entier par une conspiration monolithique et impitoyable qui repose principalement sur des moyens secrètes pour étendre sa sphère d’influence – sur l’infiltration au lieu de l’invasion, sur la subversion au lieu des élections, sur l’intimidation au lieu du libre choix, sur les guérilleros la nuit au lieu des armées le jour. Il s’agit d’un système qui a consacré de vastes ressources humaines et matérielles à la construction d’une machine soudée et très efficace qui combine des opérations militaires, diplomatiques, de renseignement, économiques, scientifiques et politiques.

Ses préparatifs sont dissimulés, non publiés. Ses erreurs sont enterrées, pas en tête d’affiche. Ses dissidents sont réduits au silence, pas loués. Aucune dépense n’est remise en question, aucune rumeur n’est imprimée, aucun secret n’est révélé. Elle mène la guerre froide, bref, avec une discipline en temps de guerre qu’aucune démocratie n’espérerait ou ne voudrait égaler.

L’accusation de complotisme entre dans cette guerre de classe pour empêcher le prolétariat de prendre conscience de la manipulation qui se trame derrière son dos. On ne veut pas voir le complot. L’élite dit au prolétariat qu’il n’y a pas de complot. Pourtant, le petit peuple n’est pas dupe. Il voit et il comprend ce qui se passe a son insu. Cela me fait penser a un excellent passage du livre “Mythologies” de Roland Barthes.

Or Charlot conformément à l’idée de Brecht, montre sa cécité au public de telle sorte que le public voit à là fois l’aveugle et son spectacle ; voir quelqu’un ne pas voir, c’est la meilleure façon de voir intensément ce qu’il ne voit pas : ainsi au Guignol, ce sont les enfants qui dénoncent à Guignol ce qu’il feint de ne pas voir.” (Roland Barthes, Mythologies, Points essais, p. 44).

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