Les trois éclipses d’Espagne : d’Héraclès au Grand Monarque
Il existe parfois des périodes au cours desquelles un pays semble soudain occuper le centre de la scène. L’été 2026 aura été celui de l’Espagne.
Le 19 juillet 2026, la sélection espagnole remportait à New York sa deuxième Coupe du monde de football en battant l’Argentine 1-0 après prolongation. Vingt-quatre jours plus tard, le 12 août, une éclipse totale de Soleil traversait toute la moitié nord de l’Espagne, de la Galice aux Baléares. C’était la première éclipse totale visible depuis la péninsule Ibérique depuis plus d’un siècle.

En moins d’un mois, l’Espagne était ainsi couronnée sur terre avant de passer sous l’ombre du ciel.
La coïncidence ne constituerait évidemment qu’une curiosité si elle demeurait isolée. Or l’éclipse du 12 août 2026 n’est que la première d’une série exceptionnelle. Le 2 août 2027, une nouvelle éclipse totale traversera cette fois le sud de l’Espagne et le détroit de Gibraltar. Puis, le 26 janvier 2028, une éclipse annulaire achèvera ce que l’Institut géographique national espagnol appelle lui-même la « triade des éclipses ibériques de 2026-2028 ». Après cette séquence, il faudra attendre 2053 pour qu’une nouvelle éclipse totale soit visible depuis l’Espagne.
Trois éclipses centrales en moins de dix-huit mois.
Que trois éclipses solaires centrales traversent successivement le territoire d’un même pays n’est déjà pas banal. Qu’elles se succèdent en seulement dix-sept mois et demi est exceptionnel. Entre août 2026 et janvier 2028, l’Espagne connaîtra ainsi deux éclipses totales, les 12 août 2026 et 2 août 2027, suivies d’une éclipse annulaire le 26 janvier 2028.
L’Espagne avait cependant déjà connu une remarquable série comparable au début du XXe siècle : une éclipse totale le 28 mai 1900, une seconde éclipse totale le 30 août 1905, puis une très particulière éclipse hybride (annulaire et totale selon les endroits) le 17 avril 1912.
Mais la différence d’échelle temporelle est considérable : les trois éclipses anciennes s’étaient réparties sur près de douze années, tandis que celles de 2026, 2027 et 2028 se concentrent en seulement dix-sept mois et demi.
En quelque sorte, ce que l’Espagne avait connu en douze ans au début du XXe siècle, elle le revit aujourd’hui en moins d’un an et demi.
Cette première « triade espagnole » avait attiré dans la péninsule de nombreux astronomes européens et contribué au développement de l’astronomie moderne en Espagne ; celle de 2026-2028 apparaît aujourd’hui comme une nouvelle période exceptionnelle pour l’observation du ciel ibérique.

Et lorsqu’on superpose leur géographie aux mythes antiques et aux textes de Nostradamus, certains rapprochements deviennent pour le moins étonnants.
I. L’éclipse du 12 août 2026

A. 2026 : l’ombre entre en Espagne par la Galice
L’éclipse du 12 août 2026 a traversé l’Espagne d’ouest en est. La bande de totalité est entrée par la Galice avant de passer notamment par León, Burgos, Bilbao, Saragosse et Valence, puis de terminer sa course espagnole aux Baléares. À La Corogne, la totalité a duré environ 76 secondes.
La trajectoire présente déjà une particularité intéressante pour celui qui travaille sur les prophéties de Nostradamus. Au nord, elle vient au contact immédiat de l’espace frontalier franco-espagnol. Côté français, l’éclipse demeurait partielle, mais l’occultation du Soleil dépassait 99 % à proximité de la frontière espagnole.
Or le quatrain IV-5 annonce précisément :
IV-5 :
Croix, paix, sous un accompli divin verbe,
L’Hespaigne & Gaule seront unis ensemble.
Grand clade proche, & combat tresacerbe :
Cueur si hardi ne sera qui ne tremble.
Ma lecture du texte confirme cette formulation : l’union de « l’Hespaigne » et de la « Gaule » précède immédiatement le « grand clade ».
L’éclipse ne constitue évidemment pas une démonstration de cette prophétie. Mais symboliquement, il est difficile de ne pas remarquer qu’au moment même où je travaille sur cette future union franco-espagnole, l’ombre de la Lune semble venir dessiner la charnière entre les deux pays.
Et le phénomène devient encore plus curieux lorsqu’on regarde le lieu par lequel l’éclipse entre en Espagne.
B. La Corogne : l’éclipse entre sous le signe d’Héraclès
La première grande ville espagnole placée sur la trajectoire est La Corogne, A Coruña.
En français, le nom évoque immédiatement la couronne. Il ne faut naturellement pas en faire une étymologie : Corogne et couronne n’ont pas ici de lien linguistique démontré. Mais dans une analyse symbolique portant précisément sur le retour d’un roi, la résonance est difficile à manquer.
L’Espagne vient de remporter la Coupe du monde.
Quelques semaines plus tard, l’éclipse entre dans le pays par La Corogne.
Et La Corogne possède surtout un monument extraordinaire : la Tour d’Hercule.

Il s’agit d’un phare romain dont la tradition médiévale a fait le théâtre d’un épisode des travaux d’Héraclès. Selon la légende développée notamment par Alphonse X le Sage au XIIIe siècle, le géant Géryon tyrannisait l’Espagne. Héraclès vint l’affronter, le tua après trois jours et trois nuits de combat, lui trancha la tête et l’enterra au bord de la mer. Il fit ensuite construire au-dessus de sa tombe une immense tour et fonda une cité à proximité.

La légende est tardive par rapport au phare romain : il faut donc bien distinguer l’histoire du monument de sa mythologie. Mais cette mythologie est devenue tellement consubstantielle à La Corogne que la Tour d’Hercule est aujourd’hui l’emblème même de la ville. Une représentation du XVIe siècle montre même la tête couronnée de Géryon enterrée sous les fondations de la tour.

La symbolique devient alors remarquable.
L’éclipse de 2026 entre en Espagne par une ville dont le nom français évoque la couronne, dominée par un monument consacré à Héraclès, construit selon la légende sur la tête d’un roi tyrannique vaincu par le héros civilisateur.

Car c’est bien cette fonction politique d’Héraclès qui m’intéresse depuis longtemps. Il ne se contente pas de tuer des monstres. Dans de nombreux récits antiques, il abat également les tyrans, libère les populations et réorganise politiquement les territoires qu’il traverse.
Diodore de Sicile décrit ainsi le séjour d’Héraclès en Espagne :
« Hercule parcourut l’Afrique jusqu’à l’océan et arriva enfin au détroit de Cadix ou de Gibraltar, où il éleva deux colonnes sur les bords de l’un et de l’autre continent. De là, ayant pénétré dans l’Espagne, il alla au devant des enfants de Chrysaor, qui commandant chacun 282 une grande armée étaient campés séparément. Hercule les fit appeler en combat singulier, les vainquit et les tua tous trois, il conquit ensuite toute l’Espagne, et il emmena ces fameux troupeaux de vaches qu’il cherchait. Étant arrivé chez un roi du pays homme recommandable par sa piété et par son équité, il en reçut de grands honneurs. Ce fut pour cette raison qu’il lui fit présent d’une partie de ces vaches. Ce roi consacra aussitôt à Hercule le troupeau qu’il venait de lui donner, et il lui sacrifia depuis tous les ans le plus beau taureau qui en provenait. Ces vaches sacrées ont été soigneusement conservées en Espagne jusqu’à nos jours.
(…)
Hercule donna l’Espagne à gouverner à quelques‑uns des habitants, en qui il avait reconnu le plus de vertu et de probité. » (Diodore de Sicile, l’histoire universelle, IV : V, VI).
Le passage est remarquable. Héraclès ne se contente pas de vaincre ses adversaires et de s’emparer des troupeaux de Géryon : après la conquête, il confie le gouvernement de l’Espagne aux habitants qu’il juge les plus vertueux et les plus probes. Le héros apparaît donc déjà comme un restaurateur de l’ordre politique, capable de renverser une puissance mauvaise puis d’établir un gouvernement fondé sur la vertu.
Ammien Marcellin conserve une tradition encore plus explicite. Héraclès serait venu en Occident pour détruire deux tyrans : Géryon en Espagne et Tauriscus en Gaule.
« Mais les indigènes de ces pays affirment cela plus positivement que tout autre fait (et, en effet, nous l’avons nous-mêmes lu gravé sur leurs monuments), qu’Hercule, fils d’Amphitryon, se hâtant de détruire ces cruels tyrans, Géryon et Taurisque, dont l’un opprimait les Gaulois et l’autre l’Espagne, après les avoir tous deux conquis, prit pour épouse des femmes de noble naissance dans ces pays et devint le père de nombreux enfants ; et que ses fils appelèrent les districts dont ils devinrent rois de leurs propres noms. » (Ammien Marcellin, Res gestae, XV, 9, 6)
Ici, le mécanisme politique est encore plus net : Héraclès détruit les tyrans, s’allie aux familles nobles des territoires libérés et engendre des lignées royales.
L’Espagne et la Gaule sont donc déjà réunies, bien avant Nostradamus, dans une même géographie politique et mythique d’Héraclès : deux territoires délivrés du tyran par le même héros, puis réorganisés autour d’une nouvelle légitimité.
Après les avoir vaincus, il s’unit à des femmes nobles de ces territoires et engendra des descendants auxquels furent associés différents pays.
L’Espagne et la Gaule sont donc déjà unies dans la très ancienne géographie mythique d’Héraclès.
C. De l’Espagne à la Gaule : Héraclès fondateur d’Alésia
Diodore de Sicile développe beaucoup plus longuement cette geste occidentale.
Son récit est fascinant parce qu’il fait voyager Héraclès à travers une géographie qui correspond en partie à celle qui nous intéresse aujourd’hui.
Héraclès part vers l’Occident pour s’emparer des troupeaux de Géryon. Il traverse la Libye, affronte le géant Antée, passe par l’Égypte, revient vers l’Occident, atteint Gadès, élève les fameuses Colonnes d’Héraclès, puis pénètre en Ibérie. Après avoir soumis ses adversaires, il confie le gouvernement du pays aux plus nobles des habitants.
Mais son voyage ne s’arrête pas en Espagne.
Diodore poursuit immédiatement :
« Pour lui, s’étant mis à la tête de son armée il prit le chemin de la Celtique, et ayant parcouru toute cette contrée, il abolit plusieurs coutumes barbares en usage parmi ces peuples, et entre autres celle de faire mourir les étrangers. Comme il avait dans son armée quantité de gens qui l’étaient venus trouver de leur plein gré, il bâtit une ville qu’il appela Alésia, nom tiré des longues courses qu’ils avaient faites avec lui. Plusieurs d’entre les Celtes vinrent y demeurer et étant en plus grand nombre que les autres habitants ils les obligèrent de prendre leurs coutumes. Cette ville est encore à présent en grande réputation parmi les Celtes qui la regardent comme la capitale de tout leur pays. Elle a toujours conservé sa liberté depuis Hercule jusqu’à ces derniers temps. Mais enfin, Jules César qu’on a honoré du titre de dieu, à cause de la grandeur de ses exploits, l’ayant prise par force, la soumit avec toutes les autres villes des Celtes, à la puissance des Romains. » (Diodore de Sicile, l’histoire universelle, IV : VI).
Après avoir confié l’Espagne aux habitants qu’il juge les plus vertueux, Héraclès franchit donc immédiatement la frontière mythique séparant l’Ibérie de la Celtique. Il ne s’y comporte pas davantage comme un simple guerrier : il abolit des coutumes qu’il considère comme barbares et fonde Alésia, que Diodore présente encore comme la capitale de l’ensemble du monde celte.
Mais Diodore va plus loin encore dans le livre V. Héraclès ne se contente pas de fonder une ville : il devient lui-même l’ancêtre mythique des Gaulois.
« Après avoir parlé des îles situées à l’occident, nous croyons à propos de dire un mot des nations voisines de l’Europe, que nous avons omises dans les livres précédents. Jadis régnait, dit-on, un homme célèbre dans la Celtique, qui avait une fille d’une taille et d’une beauté sans pareille. Fière de ces avantages, elle refusa la main de tous les prétendants, n’en croyant aucun digne d’elle. Dans son expédition contre Géryon, Hercule s’arrêta dans la Celtique, et y construisit la ville d’Alésia. Elle y vit Hercule, et, admirant son courage et sa force extraordinaire, elle s’abandonna à lui très-volontiers, et aussi avec le consentement de ses parents. De cette union naquit un fils nommé Galatès, qui surpassa de beaucoup ses compatriotes par sa force et sou courage. Arrivé à l’âge viril, il hérita du trône de ses pères. Il conquit beaucoup de pays limitrophes, et accomplit de grands exploits guerriers. Enfin, il donna à ses sujets le nom de Galates (Gaulois), desquels tout le pays reçut le nom de Galatie (Gaule). »
(Diodore de Sicile, L’Histoire universelle, V, XXIV)
Le schéma mythologique devient alors particulièrement clair. En Espagne, Héraclès vainc ses adversaires et confie le gouvernement du pays aux hommes qu’il juge les plus vertueux ; en Gaule, il fonde Alésia, s’unit à la fille d’un roi celte et engendre Galatès, qui hérite du trône et devient l’ancêtre éponyme des Gaulois.
Héraclès constitue ainsi un véritable trait d’union mythologique entre l’Ibérie et la Gaule.
Il est difficile, lorsque l’on aborde ensuite Nostradamus, de ne pas rapprocher cette ancienne géographie herculéenne du vers de IV-5 :
L’Hespaigne & Gaule seront unis ensemble.
Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que Nostradamus reprend directement Diodore dans ce quatrain. La correspondance est d’un autre ordre. Bien avant Nostradamus, l’Espagne et la Gaule étaient déjà réunies dans un même cycle mythique autour d’Héraclès : le héros traverse successivement les deux territoires, renverse l’ordre ancien, réorganise politiquement l’Ibérie, fonde une capitale en Celtique et engendre une lignée royale gauloise.
Quinze siècles plus tard, Nostradamus associera de nouveau les deux territoires dans une même destinée :
L’Hespaigne & Gaule seront unis ensemble.
D. Saint-Jacques : l’autre grand symbole du nord espagnol
La Galice possède cependant un autre lieu mythique et religieux majeur : Saint-Jacques-de-Compostelle.
Il faut ici apporter une précision. La ville de Saint-Jacques elle-même n’était pas située dans la bande de totalité du 12 août 2026.

La limite de l’ombre vient toucher le grand sanctuaire de Saint-Jacques sans l’engloutir entièrement. Le site touristique officiel de Saint-Jacques a d’ailleurs traité l’événement comme exceptionnel.

Il faut également noter qu’une grande partie des itinéraires du pèlerinage, notamment autour de León, Burgos et plusieurs portions du Camino francés, se trouvait directement sous la bande de totalité.

La première éclipse ibérique relie ainsi deux univers symboliques dans le nord de l’Espagne.
À l’ouest, La Corogne et Héraclès.
À travers le nord de la péninsule, les chemins de Saint-Jacques.
Ce rapprochement est d’autant plus intéressant que l’UNESCO rappelle que Saint-Jacques-de-Compostelle devint au Moyen Âge non seulement l’un des grands centres de pèlerinage de la chrétienté, mais également un symbole de la lutte des chrétiens espagnols contre l’islam.
La première éclipse est donc marquée à la fois par le héros païen civilisateur et par le grand pèlerinage chrétien de l’Espagne médiévale.

L’éclipse du 12 août 2026 se produit au cœur du Lion, domicile du Soleil et signe traditionnellement associé à la royauté. Elle intervient dans une véritable concentration léonine : Jupiter et Mercure occupent eux aussi le signe. Face à eux, Pluton rétrograde se trouve en Verseau, pratiquement en opposition à Mercure et, plus largement, confronté au groupe des planètes du Lion. La configuration oppose ainsi symboliquement l’ordre solaire et royal du Lion aux profondes transformations collectives représentées, dans l’astrologie moderne, par Pluton en Verseau. Pour une éclipse qui traverse l’Espagne au moment où nous étudions la prophétie « L’Hespaigne & Gaule seront unis ensemble », la configuration mérite pour le moins d’être relevée.
Traditionnellement, les éclipses sont des signes de rupture et de crise. Mais ici, le symbole est plus ambigu : c’est le Soleil royal qui disparaît momentanément dans le Lion avant de renaître de l’ombre. Dans le cadre de notre lecture du Grand Monarque, l’image mérite au moins d’être relevée.
Et c’est alors que survient la deuxième éclipse.
II. L’éclipse du 2 août 2027
A. 2027 : l’éclipse des Colonnes d’Héraclès
Le 2 août 2027, moins d’un an après la première, une nouvelle éclipse totale touchera l’Espagne.
Mais cette fois, la trajectoire change complètement.

La bande de totalité traversera l’extrême sud de la péninsule : presque toute la province de Cadix, une grande partie de Málaga, le sud de Grenade et d’Almería, ainsi que Ceuta et Melilla. Puis l’ombre franchira le détroit de Gibraltar avant de suivre toute l’Afrique du Nord, de pénétrer en Égypte, de traverser la mer Rouge puis l’Arabie saoudite, le Yémen et la Somalie.
Le maximum, en Égypte, dépassera six minutes de totalité.
Mais pour notre sujet, le lieu le plus extraordinaire est évidemment Gibraltar.

Le rocher constitue l’une des deux Colonnes d’Héraclès de l’Antiquité.

La tradition associait précisément leur création au voyage du héros vers l’Espagne pour s’emparer des troupeaux de Géryon.


Tarifa , sur l’autre rive du
détroit de Gibraltar
Du côté européen comme du côté africain, la tradition rappelle que les rochers représentent la colonne européenne, l’autre se trouvant sur le versant africain du détroit à travers deux monuments d’un côté et de l’autre du rivage.

Colonnes d’Hercule à Ceuta.

On obtient donc un étonnant chiasme géographique.
- En 2026, l’éclipse pénètre en Espagne par La Corogne et sa Tour d’Hercule, liée à Géryon.
- En 2027, l’éclipse quitte l’espace espagnol par Gibraltar et les Colonnes d’Héraclès, elles aussi liées au voyage vers Géryon.

Aux deux extrémités de l’Espagne, Héraclès apparaît comme un gardien mythologique de la trajectoire des éclipses.
B. Gibraltar, Tanger et Antée
La coïncidence ne s’arrête même pas à Gibraltar.
Juste après avoir franchi le détroit, la bande de totalité traversera Tanger, l’antique Tingis.
Or Plutarque rapporte précisément une tradition locale de Tingis concernant Héraclès. Dans sa Vie de Sertorius, il raconte qu’Antée, le géant affronté par Héraclès, était réputé avoir été enterré dans cette région.
« Puis il emporta d’assaut Tingis, où Ascalis s’était réfugié avec ses frères.
C’est là, disent les Africains, qu’Antée est enterré. Sertorius, qui n’ajoutait pas foi à ce que les barbares disaient de la grandeur de ce géant, fit ouvrir son tombeau. Il y trouva, dit-on, un corps de soixante coudées de longueur, et il demeura tout stupéfait à ce spectacle. Il immola des victimes, fit recouvrir le monument, et augmenta le respect qu’on portait à la mémoire d’Antée, en accréditant les bruits qui couraient sur son compte.Les habitants de Tingis prétendent qu’après la mort d’Antée, sa femme, Tingé, eut commerce avec Hercule, et qu’il naquit d’eux un fils nommé Sophax, qui régna dans le pays, et qui appela la ville Tingis du nom de sa mère. Sophax fut père de Diodore, qui soumit plusieurs nations libyennes, à la tête d’une armée grecque d’Olbiens et de Mycéniens, qu’Hercule avait établis dans cette contrée. Je mentionne ces particularités par honneur pour Juba, le plus grand historien qu’il y ait eu entre les rois, et qu’on assure avoir eu pour ancêtres les descendants de Diodore et de Sophax. » (Plutarque, Vie de Sertorius, IX)
Après la mort du géant, Héraclès se serait donc uni à Tinga, sa veuve. Leur fils Sophax serait devenu roi et aurait donné à la ville le nom de sa mère : Tingis.
C’est probablement ici que se trouve une partie de la tradition dont je gardais le souvenir en l’associant initialement à Leptis Magna.
J’ai moi-même eu l’occasion de visiter les Grottes d’Hercule lors d’un séjour à Tanger. Le lieu impressionne d’autant plus que la légende paraît s’inscrire directement dans le paysage : depuis l’intérieur de la cavité, l’ouverture donne sur l’Atlantique, à quelques kilomètres seulement du détroit et des Colonnes d’Héraclès. On se trouve littéralement à la frontière de deux mondes, entre Afrique et Europe, Méditerranée et Atlantique.

La géographie de l’éclipse de 2027 devient alors plus étonnante encore :
- Gibraltar : les Colonnes d’Héraclès ;
- Tanger : Héraclès, Antée et Tinga.
Puis la trajectoire poursuit sa route vers l’Afrique du Nord et l’Égypte.
Chez Diodore, justement, après avoir tué Antée en Libye, Héraclès se rend en Égypte, où il tue le roi Busiris, avant de revenir vers la Libye puis d’atteindre Gadès et l’Ibérie.
La trajectoire de 2027 devient ainsi particulièrement suggestive. L’ombre quitte l’Espagne par Gibraltar, l’une des Colonnes d’Héraclès, puis traverse Tanger, où Plutarque situe à la fois le tombeau d’Antée et la naissance de Sophax, fils d’Héraclès et de Tinga. À proximité se trouvent encore les célèbres Grottes d’Hercule, où la tradition fait reposer le héros. En quelques dizaines de kilomètres, l’éclipse traverse ainsi l’un des territoires les plus densément herculéens de toute la Méditerranée occidentale.
C. Et Leptis Magna
Il existe également un lien intéressant entre Héraclès et Leptis Magna, en Libye.
Leptis Magna n’a pas été fondée historiquement par Héraclès : l’archéologie en fait une cité d’origine phénicienne, développée ensuite sous domination carthaginoise puis romaine.

En revanche, Héraclès y occupait une place religieuse considérable. Avec Liber Pater, il comptait parmi les divinités protectrices de Leptis Magna. Cette association fut encore magnifiée sous la dynastie des Sévères, et notamment sous Septime Sévère, lui-même originaire de la ville. Dans la grande basilique sévérienne, plusieurs éléments décoratifs représentaient précisément les récits d’Hercule et de Liber Pater, les deux grands dieux protecteurs de la cité.
Or la bande de totalité de l’éclipse du 2 août 2027 traversera directement la Libye. Al-Khums, la ville actuelle située à proximité immédiate de Leptis Magna, se trouvera elle-même dans la zone de totalité, mais presque sur sa limite : l’obscurité totale n’y durera qu’environ vingt secondes.
Leptis Magna se situe donc littéralement au bord de l’ombre.
Après Gibraltar et Tanger, l’éclipse rencontre ainsi un troisième lieu fortement associé à Héraclès. Il ne faut toutefois pas parler ici d’une fondation mythologique certaine par le héros, comme à La Corogne ou dans certaines traditions concernant Tingis. Il s’agit plutôt d’un écho cultuel et religieux : la trajectoire de l’éclipse frôle l’une des grandes cités antiques où Hercule fut vénéré comme protecteur.
La progression devient alors remarquable :
- Gibraltar : les Colonnes d’Héraclès.
- Tanger : Antée, Tinga et Sophax.
- Leptis Magna : Hercule, dieu protecteur de la cité.
Puis l’ombre poursuit sa route vers l’Égypte.
D. De Gibraltar à La Mecque
La trajectoire de 2027 possède enfin une autre dimension symbolique.
Après l’Espagne, Gibraltar et toute l’Afrique du Nord, l’éclipse traverse l’Égypte, franchit la mer Rouge puis atteint l’Arabie saoudite. Et La Mecque se trouvera dans la bande de totalité. L’éclipse totale y durera environ cinq minutes.
Le contraste avec 2026 est saisissant.
La première éclipse traverse une grande partie de l’espace des chemins de Saint-Jacques, l’un des grands pèlerinages de la chrétienté occidentale.
La deuxième traverse Gibraltar, ancienne porte historique entre l’Afrique et la péninsule Ibérique, puis poursuit sa route jusqu’à La Mecque, premier lieu saint de l’islam.
On passe ainsi, en un an, du chemin de Saint-Jacques à Gibraltar, puis de Gibraltar à La Mecque.
C’est d’autant plus intéressant que Nostradamus associe justement l’Espagne, dans plusieurs textes, à un futur affrontement religieux et militaire entre le monde chrétien et l’islam.
Le quatrain X-95 dit :
X-95 :
Dans les Espaignes viendra Roy trespuissant,
Par mer & terre subjugant or Midy :
Ce mal fera, rabaissant le croissant,
Baisser les aisles à ceux du Vendredy.
Dans ma lecture, ce « Roy trespuissant » appartient au cycle du Grand Monarque.
Je resterais cependant attentif à la syntaxe. Le quatrain ne dit pas simplement qu’un roi « détruira le croissant ». Il associe la venue du roi dans les Espagnes, des opérations « par mer & terre », le Midi, le « croissant » et « ceux du Vendredy ». C’est l’ensemble de ces images qui construit un théâtre méditerranéen et religieux.
L’éclipse de 2027 suit précisément une ligne qui part de l’Espagne méridionale, traverse une frontière maritime, franchit l’Afrique du Nord et atteint finalement le cœur géographique de l’islam.
Ce n’est pas une preuve. Mais comme mise en scène symbolique du texte, la correspondance est spectaculaire.
Un autre quatrain prend désormais une importance nouvelle. Nostradamus écrit dans V-51 :
V-51 :
La gent de Dace, d’Angleterre, Polonne
Et de Boësme feront nouvelle ligue
Pour passer outre d’Hercules la colonne,
Barcins, Tyrrens dresser cruelle brigue.
Nostradamus utilise donc lui-même explicitement la Colonne d’Hercule comme désignation géographique du détroit de Gibraltar. Cela interdit évidemment d’affirmer que V-51 décrit l’éclipse de 2027. Mais cela montre quelque chose d’important pour la méthode : l’univers géographique de Nostradamus est aussi un univers mythologique.
Gibraltar peut être nommé par Héraclès. L’Espagne peut être l’Hespérie. Les peuples, les lieux et les événements sont parfois désignés par leur mémoire antique.
Or précisément, les éclipses de 2026 et 2027 semblent réactiver autour de l’Espagne une géographie profondément herculéenne.
Ce rapprochement rejoint une hypothèse que j’ai développée à plusieurs reprises. La figure du Grand Monarque n’est peut-être pas seulement un personnage appartenant à la prophétie chrétienne médiévale. Elle peut être considérée comme la christianisation d’un archétype bien plus ancien : le héros providentiel qui apparaît dans une période de désordre, abat les tyrans, délivre les peuples, fonde des cités et rétablit l’ordre. Héraclès accomplit exactement cette fonction.
Chez Ammien Marcellin, il libère l’Espagne et la Gaule de leurs tyrans. Chez Diodore, il civilise les régions qu’il traverse, punit les souverains injustes, réorganise l’Ibérie, puis fonde Alésia au cœur de la Celtique. Son fils Galatès devient même, dans le mythe, l’ancêtre éponyme des Gaulois.
Le passage d’Héraclès de l’Espagne à la Gaule ressemble alors étrangement à une préfiguration païenne du futur souverain annoncé dans IV-5 : « L’Hespaigne & Gaule seront unis ensemble ».
Le personnage change. Le mythe demeure.
III. L’éclipse du 26 janvier 2028
A. 2028 : l’anneau referme la triade
Puis vient une troisième éclipse.
Le 26 janvier 2028, elle ne sera plus totale mais annulaire. La Lune, légèrement trop éloignée de la Terre pour masquer complètement le Soleil, laissera autour d’elle un anneau lumineux.

Sa trajectoire commencera dans le Pacifique, traversera l’Équateur, le Pérou, l’extrême sud de la Colombie, le Brésil, le Suriname et la Guyane française, puis l’Atlantique et les Açores avant d’atteindre le Portugal et de terminer en Espagne.
En Espagne, la bande d’annularité couvrira notamment une grande partie de l’Andalousie, le sud de l’Estrémadure, la Castille-La Manche, certaines zones de Madrid et d’Aragon, Murcie, Valence, une partie de la Catalogne et des Baléares.
B. L’éclipse de la route héracléenne
La troisième éclipse présente à son tour une singulière résonance avec Héraclès. Après avoir traversé une large partie de l’Espagne, sa bande d’annularité remontera vers Valence, l’Aragon et la Catalogne, c’est-à-dire qu’elle recoupera une partie de l’ancien corridor méditerranéen reliant l’Espagne à la Gaule.
Cet axe existait avant la conquête romaine sous le nom de Via Heraclea, la « voie héracléenne ». Les Romains la reprirent et l’aménagèrent ; sous Auguste, elle devint la Via Augusta. L’UNESCO mentionne encore, à propos de l’arc de Berà en Catalogne, le réaménagement de cette ancienne Via Heraclea et son changement de nom sous Auguste. La documentation patrimoniale espagnole souligne également que les Romains trouvèrent à leur arrivée en 218 av. J.-C. un réseau routier préexistant, auquel était attaché le nom d’Héraclès.

Cette voie était traditionnellement rattachée au grand voyage occidental du héros. Après avoir atteint l’Espagne pour combattre Géryon, Héraclès aurait poursuivi son chemin vers la Gaule. La légende rejoint ici les récits de Diodore de Sicile et d’Ammien Marcellin : le premier conduit Héraclès d’Ibérie en Celtique jusqu’à Alésia ; le second associe lui aussi le héros aux anciennes routes permettant de traverser les régions occidentales et les Alpes. La Via Heraclea apparaît ainsi comme la matérialisation géographique d’un très ancien itinéraire reliant l’Espagne et la Gaule, précisément les deux territoires que Nostradamus associe dans IV-5 : « L’Hespaigne & Gaule seront unis ensemble.«

Cette correspondance donne surtout une nouvelle importance au mystérieux quatrain X-79 :
X-79
Les vieux chemins seront tous embellys,
L’on passera à Memphis somentree :
Le grand Mercure d’Hercules fleur de lys,
Faisant trembler terre, mer & contree.
Le rapprochement devient ici particulièrement troublant. Nostradamus commence par évoquer « les vieux chemins », puis fait apparaître, deux vers plus loin, Hercule et la fleur de lys. Or il existait précisément entre l’Espagne et la Gaule un de ces très anciens chemins portant le nom du héros : la Via Heraclea. Il serait naturellement excessif d’affirmer que Nostradamus désigne directement cette route dans X-79 ; mais l’association entre les « vieux chemins » et Héraclès mérite d’être relevée, d’autant qu’elle se retrouve déjà chez les auteurs antiques.
Le troisième vers est encore plus énigmatique : « Le grand Mercure d’Hercules fleur de lys.«
Il réunit en quelques mots Mercure, dieu du voyage, des routes et des passages ; Héraclès, héros civilisateur de l’Espagne et de la Gaule ; et la fleur de lys, symbole par excellence de la monarchie française. Dans le cadre de notre lecture du Grand Monarque, cette juxtaposition prend une coloration particulière : le vieux chemin d’Héraclès conduirait symboliquement de l’Espagne vers la Gaule, tandis que la fleur de lys semble donner au héros antique un vêtement désormais français et royal.
La géographie des trois éclipses forme alors une étonnante progression.
- 2026 : La Corogne, la Tour d’Hercule et la tête de Géryon.
- 2027 : Gibraltar, les Colonnes d’Héraclès et le passage vers l’Afrique.
- 2028 : la Via Heraclea, l’ancien chemin reliant l’Espagne à la Gaule.
Ainsi, les trois éclipses ne semblent plus seulement toucher successivement le territoire espagnol : elles viennent, chacune à leur manière, rencontrer un élément majeur de la géographie occidentale d’Héraclès.
Et la dernière d’entre elles rejoint précisément l’image employée par Nostradamus : les vieux chemins, Héraclès et la fleur de lys. Comme si, après avoir suivi le héros aux deux extrémités de l’Espagne, l’ombre céleste empruntait finalement le chemin qui conduit de l’Hespagne à la Gaule.
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